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Lac Nakuru

 

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Ce récit commence ici

Jeudi 24 juillet,

lever à six heures, petit déjeuner à sept et départ à sept heures quarante-cinq en direction de Nairobi. Nous empruntons d'abord septante-cinq (soixante-quinze comme disent les amis français) kilomètres de route anciennement asphaltée mais les reliquats de recouvrement en font une voie plus délabrée qu'une mauvaise piste : les trous sont des cratères aux arêtes abruptes alors que les nids de poule dans une piste en terre battue ont des bords adoucis par le passage du charroi et par l'érosion. Ce chemin est très éprouvant pour les véhicules et pour le dos des passagers.

Comme à chaque déplacement, nous faisons, en milieu de matinée, un petit arrêt sanitaire dans une bourgade avec magasin de souvenirs. Les produits de l'artisanat sont très beaux mais la même question se pose toujours à nous : comment allons-nous transporter tout cela au retour ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous continuons donc notre avancée vers Nairobi par cent septante-cinq kilomètres de route normale. Arrivés dans la capitale, nous allons déjeuner au « Hard Rock Café » : excellent repas servi à table. Cela change un peu des buffets.

Au dessert, nous apprenons que notre guide Henry, qui se croit atteint d'une crise de malaria, va rester à Nairobi pour subir des examens et qu'il sera remplacé par un autre guide francophone prénommé Robert.

Cela nous fait prendre un certain retard  et nous embarquons donc avec celui-ci pour parcourir les deux cents kilomètres qui nous séparent encore de Lake Nakuru Park.

Au sortir de la capitale, nous quittons le territoire massaï pour entrer dans celui des Kikuyus qui, eux, sont des cultivateurs et non plus des pasteurs.

Sur la nationale,

bordée de maisons devant lesquelles sont exposés des fruits, des légumes et des peaux tannées, il y a du trafic et donc de la pollution qui nous rappelle que l'air n'est pas partout aussi vivifiant que dans la savane.

 

Nous regrettons déjà les grands espaces teintés de l'ocre des herbes sèches et du rouge orangé de la latérite.

Après quelques kilomètres vers le  nord, nous atteignons et logeons la Rift Valley, cette longue faille de 7000 kilomètres qui disloqua le continent africain de la Mer Morte au Mafawi et qui aligne, au Kenya, de magnifiques lacs (Turkana, Baringo, Bogoria, Nakuru, Elmenteïta, Naivasha, Magadi) et de spectaculaires dépressions. Les lacs sont bordés de hautes falaises et d'anciens volcans.

Dans ses parties les plus larges, la dépression peut atteindre 100 kilomètres. C'est dans cette vallée que le paléontologue Leakey a découvert les restes humains les plus anciens à ce jour (le squelette de Lucy).

Nous avons longé le Naivasha au bord duquel nous reviendrons...

 

 

 

...deux ans plus tard admirer de splendides oiseaux de toutes sortes dans le magnifique parc du "Naivasha Country Club".

Il y a beaucoup de gens tout au long de la route. Dans le véhicule, une sorte de torpeur s'est installée ; est-ce la digestion ou le fait d'avoir perdu Henry ? Pourtant Robert est très sympa aussi.

La perte de temps causée par le déjeuner qui a un peu traîné et par le changement de guide fait que nous arrivons à Lake Nakuru Park à dix-sept heures. Il nous reste donc très peu de temps (beaucoup trop peu en vérité) pour la parcourir car plus aucun véhicule ne peut y circuler après dix-huit heures trente. Nous y voyons quand même des lionnes en train de chasser l'antilope dans une partie de savane. Dans un bosquet, nous devinons de très loin un léopard qui se repose dans la fourche d'un arbre.

 

 

 

Plus loin encore, nous tombons sur un lion et deux de ses femelles : ils sont couchés et nous pouvons les approcher sans peine à trois ou quatre mètres. Cerise sur le gateau : à peu près toutes les dix minutes, sans se soucier de notre présence, ils s'accouplent vite fait bien fait avec un terrible rugissement du mâle à la fin de l'acte et un étirement langoureux de la part de l'élue du moment suivi d'une bonne lampée d'eau avant le repos réparateur.

Superbe...

Après, nous apercevons, dans le lointain grisâtre de la brume vespérale, la principale attraction du parc : le lac et ses milliers d'oiseaux.

Pendant de nombreuses années, un mystère a entouré la vie des flamants roses : personne ne savait où se trouvaient leurs nids. Un célèbre ornithologue, Leslie Brown, passa plusieurs années à résoudre l'énigme.

De guerre lasse, il finit par prendre des leçons de pilotage et les suivit dans les airs.C'est ainsi qu'il put établir que les flamants roses nichaient près d'un autre lac de la Rift Valley, le lac Natron, juste derrière la frontière tanzanienne.

 

 

 

 

 

 

Il y a deux sortes de flamants : le flamant nain (phoenicopterus minor) est le plus courant. Il ne mesure pas plus d'un mètre de hauteur et il est vraiment rose. L'autre, c'est le flamant rose, mais qui, paradoxalement l'est beaucoup moins que son cousin : plumage blanc avec des taches rose foncé sur les ailes. Sa taille peut aller jusqu'à 1,80m.

Leur façon de se nourrir apparaît aussi comme originale. Ils plongent totalement la tête dans l'eau, de façon à ce que ce soit le crâne qui soit en dessous et le bec inférieur au-dessus. Les bords du bec sont garnis de lamelles très resserrées qui filtrent l'eau. Celle-ci est aspirée dans la bouche puis refoulée à travers ces lamelles par la langue et il ne reste dans le bec que les particules comestibles.

Concernant le flamant nain, il s'agit essentiellement des algues bleues microscopiques (cyanophycées) et des diatomées.

Le grand flamant, quant à lui, possède des lamelles beaucoup moins serrées laissant passer petits mollusques, vers, insectes, minuscules crustacés qu'il pêche dans les eaux plus profondes. Les spécialistes ont calculé qu'un million de petits flamants pouvaient ingurgiter quotidiennement jusqu'à 180 tonnes d'algues microscopiques.

Pour en revenir au Nakuru Lake, l'entrée est à 4 km de la ville. Le lac est alcalin et a une superficie de 62 km² entièrement enserré dans le parc.

Il connut, de tout temps, de grandes variations de profondeur suivant la générosité des pluies.

Dans les années 40 et 50, il s'évapora totalement pendant une ou deux années. Il y eut alors de gros problèmes écologiques, lorsque les tourbillons d'air arrachaient la soude du fond du lac et la dispersaient

sur les terres agricoles environnantes.

Ces dernières années, il est menacé de s'assécher à nouveau et le niveau est particulièrement bas. Du coup, le lac se retrouve déserté par la célèbre colonie de flamants qui avait contribué grandement à son image de marque de paradis ornithologique. On pense qu'ils ne trouvaient plus la densité idéale de ces algues dont ils raffolent pour se nourrir et ils partirent résider sur d'autres lacs :

Notamment ceux de Natron (en Tanzanie), Magadi, Elmenteita et surtout Bogoria. D'ailleurs, dès que l'on prend de la hauteur, les cercles concentriques de sels blancs aveuglant au soleil montrent la dramatique réduction du lac. Cependant, lors d'un deuxième voyage effectué en 1999, il nous a semblé que la situation s'était améliorée.

Peut-être la nouvelle colonie de pélicans

contribua-t-elle aussi à chasser les flamants. Ces oiseaux débarquèrent lorsqu'il y a quelques années, pour diminuer le taux de moustiques, on empoissonna le lac d'un tilapia supportant de vivre en eau alcaline. On pense aussi que ces nouveaux habitants contribuèrent également à diminuer les ressources des flamants.

Le parc fut créé au début des années 60, d'abord comme réserve ornithologique. Sa superficie est d'environ 200 km². Aujourd'hui, pour protéger la réintroduction du rhinocéros noir, il a été entièrement clôturé (le seul au Kenya). C'est l'un des parcs les plus agréables pour circuler en voiture particulière, même sans guide. Pistes excellentes et directions bien indiquées. Lions et léopards ont en outre le bon goût de se prélasser sur les arbres au bord des pistes.

 

 

 

Des animaux présents en nombre : toutes variétés de gazelles, waterbucks, zèbres (dont une variété sans crinière) etc. D'autres, en plus petites quantités : girafes de Rothschild, buffles, lions, léopards et rhinos et, dans un tout autre registre, des singes dont l'espèce est menacée : le colobe.

Du haut de la Baboon Cliffs,

entourés d'une colonie de damans des rochers,

nous jouissons d'une vue plongeante sur le lac et on peut alors observer la manoeuvre des pélicans pratiquant la pêche en groupe de quelques individus.

Dans les bois les plus denses, il y a de nombreux pythons géants.

On raconte que le Makalia, un petit cours d'eau du sud du parc, fut, un jour obstrué par un python agonisant d'avoir ingurgité une gazelle trop grosse.

Seul, l'éléphant est absent de ce parc pour le bonheur de tous les beaux arbres qui l'habitent : bosquets d'acacias et forêts d'euphorbes jalonnent les pistes.

Les rhinos se rencontrent plutôt dans le sud du parc vers le Nakuru Lodge ( notre prochain lieu de logement).

Malheureusement, nous n'en avons vu qu'un la première année et il faisait nuit noire. Nous n'avons pas pu le photographier de crainte que les éclairs des flashes ne le poussent à charger. Mais ce n'est que partie remise car, deux ans plus tard, nous en verrons autant que nous voudrons.

Si la nuit était aussi avancée, c'est que nous avons encore été retardés : nous quittions le lac alors que l'heure fatidique de fermeture était déjà passée et nous nous dirigions vers le Lake Nakuru Lodge, à l'autre bout du parc.

 

Arrivés au pied de...

... Baboon Cliff ...

 

 

 

 

 

 

 

Papaye

 

 

...nous avons rencontré un autre combi immobilisé sans embrayage avec sa cargaison de touristes à bord.

Résultat : demi-tour et remorquage du véhicule en panne jusqu'au poste de garde, à l'entrée du parc. Là, dans sa hâte de repartir, Robert croyant le câble de remorquage enlevé alors qu'il était toujours accroché, a démarré en trombe, occasionnant un sacré choc et quelques dégâts supplémentaires à l'autre véhicule. Enfin, tout rentra dans l'ordre et nous retraversâmes le parc, rencontrant, dans le faisceau de nos phares, le rhino dont je vous parlais tantôt.

         

 

Masaï Mara

 

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Le lendemain, vendredi 25,  

départ à 07h30, par une matinée fraîche (21°), pour un parcours de 355 km.  Nous passons par le lac Elmenteita, dans le fond de la Rift Valley, où nous rencontrons, à 09h15, un brouillard digne de la purée de pois de nos automnes belges.

Nous rentrons ensuite en pays massaï et les cultures des Kikuyus font place à la brousse et aux acacias puis à la savane du Massaï Mara, le « parc » le plus connu et le plus fréquenté du Kenya.

Il ne possède pas le statut de parc car il  est toujours habité par les Massaïs. Quelques « maniatas » se trouvent encore dans l'Est de la réserve qui est la prolongation naturelle du parc du Serengeti en Tanzanie.

La meilleure époque pour s'y rendre est celle pendant laquelle nous y sommes, c'est à dire entre juillet et octobre, lorsque la grande migration bat son plein et qu'on peut observer les gnous et les zèbres par centaines de milliers, spectacle d'autant plus impressionnant que ces animaux passent le plus clair de leur temps à se courtiser.

Nous arrivons vers quinze heures au "Mara Sopa Lodge" où nous héritons d'une chambre que l'on pourrait qualifier de « royale ».

En effet, le hasard de la distribution des clefs fait que le logement n° 99 qui nous est attribué occupe tout un rundalow en bordure de la propriété.

L'intérieur en est luxueux : un grand lit installé sur une partie surélevée de la pièce ; en face de celui-ci, est disposé un salon tout en velours rouge et bois d'ébène. Une énorme salle de bains et une terrasse longeant la moitié de la circonférence du rundalow complètent l'ensemble.

Bref, le pied !!! A seize heures, nous remontons dans le véhicule pour un premier tour dans ce parc qui est incontestablement la plus belle des quatre réserves visitées.

 

Sans être la plus vaste, c'est la plus extraordinaire.

 

 

 

Chaque année, plus d'un million de gnous, des milliers de zèbres et leur cortège de prédateurs et de charognards quittent librement les herbages asséchés du Sérengeti (« vaste plaine » en langue massaï) pour gagner les terres plus hospitalières du Kenya après la saison des pluies.

Les animaux suivent un itinéraire circulaire qui part, en février, des plaines du Sérengeti, au moment des mises bas. Ils franchissent trois rivières toujours exactement aux mêmes endroits :

la Sand, la Talek et la Mara.

Ils sont poussés par une force si puissante que, dans le sud du Sérengeti, ils traversent à la nage le petit lac N'dutu alors qu'ils pourraient facilement le contourner.

Les bêtes qui marchent en tête ont une répugnance instinctive à se jeter à l'eau, mais la pression des animaux qui suivent est telle que les premiers finissent par plonger en effectuant des sauts comiques. De nombreux gnous périssent noyés. Après s'être séparés en troupeaux de plus faible importance, les mâles cherchent les femelles et s'accouplent. A partir de juillet, les acteurs reprennent la route mais, cette fois, dans l'autre sens.

Nous rentrons au Mara Sopa Lodge vers dix-neuf heures, prenons une première douche à la salle de bains, puis une deuxième en nous rendant eu restaurant car il pleut averse. Heureusement, il y a, pour ces cas-là, dans chaque rundalow, un grand parapluie sous lequel on peut tenir à quatre.

Lorsque, deux ans plus tard, nous reviendrons dans le même lodge, nous aurons la surprise de retrouver, chaque soir, notre lit préparé avec, pour chacun, une bonne bouillotte bien chaude posée à l'endroit occupé par le creux des reins. C'est surprenant, mais cet accessoire, ainsi que trois couvertures sont indispensables pour la nuit à cette altitude.

Plus tard, dans la nuit, en vrai ou dans un rêve ? Désolé, mais je ne m'en souviens plus...

Une chose est sûre : toi, route de nos rêves, nous aurons l'occasion de nous revoir. »

 

 

 

 

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